Lardux Films
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Ne désespérez pas, laissez infuser davantage !

2013 , Court Métrage , animation

10 minutes, DCP 24 i/s et 35mm Dolby SR, Format 1:85

un film de Barbara MALEVILLE , Benoit GUILLAUME

produit avec le soutien du CNC Aide au programme, de la région RHONES ALPES et de CICLIC Région Centre, en coproduction avec RHONES ALPES CINEMA dans le cadre de la Bourse des Festivals accordée au projet à Annecy 2010

LE FILM


C’est un film en peinture animée avec un personnage réel filmé en vidéo, c’est Jean Luc Grandin qui est le corps du personnage - sa voix est celle de André Wilms - qui est d’abord filmé sur fond vert , ces images sont ensuite retravaillées sur ordinateur, puis ensuite imprimées sur papier, peintes, refilmées... très simple non ?

MICHAUX est un des grands poètes contemporains, ses explorations du monde autour de lui aussi bien qu’en lui, sont la base de ce texte - qui nous emmène dans les tréfonds de l’âme du poète...

Pour en savoir plus sur le film, Benoit et Barbara ont tenu un blog durant la réalisation. C’est ici : http://grandegarabagne.blogspot.fr/

Décembre 2013 : Le film est sélectionné a Clermont Ferrand !!! C’est parti...


A Propos du Texte
Notre projet, « Encore des changements », est l’adaptation d’un texte poétique d’Henri Michaux. Henri Michaux (Namur, 24 mai 1899 – Paris, 19 octobre 1984) est un écrivain, poète et peintre d’origine belge d’expression française naturalisé français en 1955. Il est notamment l’auteur de « Paix dans les brisements », « L’espace du dedans », « L’infini turbulent », « Face à ce qui se dérobe » ou encore « Lointain intérieur ». « Encore des changements » est un texte de 1929 tiré de « La nuit remue ».

Note d’intention
En lisant ce texte pour la première fois, nous avons tout d’abord été frappés par la drôlerie, le détachement, avec lesquels le narrateur nous raconte comment son corps est mis à rude épreuve. Sans cesse le narrateur change, se transforme, passant d’un espace infini à un espace microscopique, d’un univers à l’autre, d’un état minéral à un état gazeux... La fièvre du changement habite notre héros. Bien que les métamorphoses auxquelles est soumis le personnage le fassent parfois souffrir, c’est avec une sérénité certaine qu’il finit par assumer sa condition. C’est dans le changement qu’il trouve le repos. Et c’est vers ce “grand oui”, au mouvement, au devenir, aux joies de la turbulence que nous aimerions convier le spectateur...

L’adaptation
En nous promenant dans l’oeuvre de Michaux, nous avons remarqué que, de manière récurrente, sa tête avait tendance à se décrocher de son corps. Nous avons choisi de développer un axe d’écriture fort autour de cette tête qui n’en fait qu’à sa tête et qui échappe au contrôle du corps du narrateur. Autour de cet axe s’articulent d’autres thématiques présentes dans l’oeuvre de Michaux ou dans sa biographie : le corps morcelé, l’insoumission face à tout ce qui cherche à nous définir, la volonté de vivre avant d’écrire, la ”Paix dans les brisements“...

Le récit
Le récit mettra en scène deux personnages : un corps et sa tête. Alors que le corps aspire au repos et à l’immobilité, la tête, elle, s’obstine à vouloir semer le désordre ; parce qu’elle n’est pas qu’une tête, parce qu’elle est fourmi, parce qu’elle est caillou, parce qu’elle est bison,parce qu’elle est la mer et le tonnerre, parce qu’elle n’est pas qu’une, mais plusieurs. Aussi têtu que sa tête, le corps s’obstine à vouloir la maintenir avec lui dans l’immobilité. Mais plus il s’obstine et plus la situation se dérègle. La tête est contagieuse et c’est maintenant
l’univers tout entier qui se transforme et bascule dans la folie.
Le corps n’est plus tout à fait lui-même, il prend sa tête pour une baleine et sa tête le prend pour un vulgaire plancton...
Désespérés, corps et tête finissent en petits morceaux au fond des mers.
Grâce aux bons soins des spécialistes, tout rentre de nouveau dans l’ordre. Etiqueté,et bien rangé, le corps, de nouveau entier, a retrouvé son intégrité. Mais quelque chose ne tourne pas rond, ou plutôt tourne trop rond. Et déjà le corps se souvient avec nostalgie d’une époque certes fort tourmentée mais ô combien vivante...

L’univers graphique
Le héros, tantôt entier, tantôt divisé, sera incarné par un mime, pris en prise de vue réelle (pixillation). Personnage malmené, démembré par des forces qui le dépassent, il est entraîné dans des situations physiques et violentes : chute, choc, fracas, dispersion, poursuite,
éclatement... À l’image des héros burlesques, il se démènera en une gestuelle comique et pathétique. Pantin fait de noir et blanc photographique, il évoluera dans un univers composite qui prend
ses distances avec le réalisme. La peinture apportera le mouvement des forces naturelles et le collage visuel introduira une touche drolatique aux situations dramatiques.

La mise en scène
La mise en scène jouera avec les limites : par des raccords de mouvement qui nous emmènent d’un état à l’autre, et par un jeu sur l’espace qui se fait et se défait au gré des caprices de la tête. Tantôt les transformations seront montrées de manière très concrète et cocasse, tantôt de manière plus allusive, faisant alors appel à l’imagination du spectateur. Dans chaque plan, la présence souterraine du mouvement se fera sentir : dans le son du bois qui craque, dans le fourmillement du grain photographique, dans cette impression diffuse de flottement, dans le flux et reflux du plancher qui vacille...

Le son
« Encore des changements » sera lu, en voix-off, par un narrateur (André WILMS) qui n’est autre que le héros du film. Alors qu’à l’arrière-plan sonore nous pourrions entendre le héros qui jure, souffle, gémit, beugle ou grogne, c’est avec un ton nonchalant, teinté d’ironie, que la voix du narrateur, presque aristocratique, nous raconte combien il est difficile de s’adapter, sans cesse, à ces perpétuelles mutations. Dans le bouillonnement visuel, la voix, comme lasse et dépassée, pourra parfois laisser place au son et à l’action. Toujours dans un esprit de collage, le corps du héros pourrait être bruité comme s’il était fait
de cailloux, et ses doigts qui courent sur la machine pourraient faire penser au piétinement d’une foule d’insectes.

Barbara MALEVILLE et Benoit GUILLAUME