Lardux Films
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L’éclosion d’une Rose, une jeune fille en fleur, un amour impossible...

2016 , Court Métrage , animation

13 minutes, HD, 16/9e, Visa n°139206 du 15/03/2016

un film de Aude DANSET

Un projet de Aude Danset et Minchi, Bourse de la Fondation Beaumarchais, coproduit par Lardux Films, Pictanovo, TNZPV, soutenu par le CNC, le région Paca, la région Nord pas de Calais, avec la participation de FRANCE 3

MISHIMASAIKO est une fleur rare, un film tragique et beau, mélange de l’influence d’une illustratrice japonaise et de l’univers de Aude Danset. Ce projet associe Minchi, une mangaka a l’univers mi doux mi cruel, à Aude une jeune réalisatrice formée à Supinfocom qui avait fait auparavant un très réussi PREMIER AUTOMNE produit par Melting Productions.

MISHIMASAIKO dure 13 minutes et s’est fabriqué entre le Nord, ou vit Aude, la région PACA avec notre coproducteur TNZPV et le Languedoc, ou elle partage avec Loic un endroit pour travailler.

Mishimasaiko est une histoire d’amour insolite entre une jeune fille née d’une fleur et un jeune garçon vivant sous terre et craignant la lumière du jour. Avec ce film, Aude et Shino nous proposent une tragique histoire d’amour, une histoire où la frontière entre humain, animal et végétal est ténue, dans un univers animite et fataliste.

La collaboration entre Aude, dont je connais le talent, et Minchi, illustratrice et mangaka aura été judicieuse. L’ambition de ce film est de raconter une sorte de Roméo & Juliette moderne et transposé dans une nature à la japonaise, c’est à dire mystérieuse et vivante.
Le film à été diffusé sur France 3 en Juin 2016 et commence une jolie carrière en festivals.

Mishima vit dans l’ombre, entouré de vers dans sa tanière souterraine. Un matin, alors qu’il s’affaire dans sa cuisine, il remarque qu’une racine légèrement brillante perce son plafond. Intrigué, il remonte alors à la surface pour rechercher la plante qui en est à l’origine. Il se déplace dans la pénombre et finit par découvrir une rose baignée de soleil au coeur de laquelle la belle Saiko s’éveille. Elle est délicate, fragile, langoureuse : il en tombe immédiatement amoureux.

Saiko est assoiffée et remarque une bouteille que Mishima transporte dans sa besace. Elle lui signifie qu’elle souhaite boire, mais, une fois la bouteille en main elle refuse de toucher au liquide trouble que la bouteille contient. Elle pointe du doigt à Mishima du nectar qui scintille en plein soleil dans une orchidée. Docile, il va immédiatement s’exécuter pour aller lui en chercher. Mais sitôt qu’il passe la main au soleil, elle brûle et lui fait horriblement mal. Mishima parvient malgré tout à apporter du nectar à Saiko qui, en le buvant, s’embellit et reprend des forces pour le plus grand plaisir de Mishima.

Jour après jour, Saiko renouvelle ses exigences auprès de Mishima, toujours amoureusement posté dans l’ombre au pied de sa rose. Fruits, vêtements de pétales, nectar,... A chaque denrée scintillante gorgée de soleil qu’il lui apporte, il se dégrade un peu plus physiquement, brûlé et épuisé.

Face à cette situation difficilement tenable, Mishima a l’idée de cueillir les denrées durant la nuit, alors que le soleil ne peut l’agresser.
Après une nuit de travail acharné à cueillir et récolter, Mishima découvre que les denrées qu’il a accumulées au pied de la rose ont perdu leur éclat. Saiko est mécontente. Dans un ultime effort, Mishima va tout faire pour amener à sa belle ce qui lui fait plaisir. Couverte de cadeaux scintillants, Saiko est aux anges. Elle remarque alors pour la première fois ce que Mishima fait pour elle. A ses yeux, il semble maintenant scintiller lui aussi. Mais Mishima est allé trop loin. Il s’effondre soudain sous les yeux de Saiko, impuissante. Ses tentatives pour le réveiller sont vaines. Elle erre, désemparée, dans tous les lieux où Mishima s’est donné tant de mal pour elle. Plus rien ne brille et les vêtements de pétales qu’il lui a confectionnés sont totalement désagrégés.

Saiko installe Mishima chez lui, dans son lit, couvert de mousses, d’écorces et de racines. Elle s’allonge à ses côtés et l’enlace. Son corps se transforme petit à petit en racines, puis une fleur pousse et éclot à a surface, en plein soleil. Cette fleur rare, en voie de disparition a une beauté simple et discrète. Elle se nomme mishimasaiko.

Note sur la naissance de Mishimasaiko

J’ai découvert le travail de Shino, alias « Minchi », il y a des années de cela. J’ai immédiatement été séduite par son univers singulier, à la fois tendre et cruel. Au-delà de sa « patte » japonaise si influencée du manga se dévoile immédiatement un univers personnel dense, passionné et sensible qui me touche viscéralement. Ses femmes sont autant de mantes religieuses à l’amour sincère mais dévorant. La poésie amère qui se dégage des relations hommes-femmes de Minchi m’envoûte et m’enchante toujours autant depuis 10 ans.

Nous avons correspondu assidûment durant tout ce temps sans jamais pouvoir nous rencontrer. Lorsque j’ai enfin eu la chance de la croiser, j’ai trouvé en Minchi la même sincérité et la même passion dans ses relations que dans son travail, sa personnalité m’a immédiatement conquise. L’envie de m’approprier son univers me travaillait depuis longtemps déjà, sa personnalité m’a décidée. Je lui ai proposé de réaliser ensemble un film animé et c’est pleine d’enthousiasme qu’elle a accepté de se lancer dans l’aventure à mes côtés, non sans en avoir longuement pesé les implications.

Nous voici donc au travail sur un scénario, moi maniant à peine le japonais et elle se débattant avec le traducteur anglais... Les risques d’incompréhensions nous ont poussées à disséquer chaque action, chaque phrase pour nous assurer de leur compréhension mutuelle.
Le travail fut par là même captivant, nous forçant à trouver les mots pour décrire des émotions ou sensations aussi fidèlement que possible. Lui faire découvrir à ce moment l’univers du film animé a été un réel plaisir.

Ainsi est né Mishimasaiko, projet dans lequel nous nous complétons dans un aller-retour incessant, chacune de nous s’appuyant sur les forces de l’autre. Je sais combien Shino rêve de voir ses personnages prendre vie. Et je rêve de travailler sur son univers visuel si élégant et immersif. Mais autre chose a finalement pris le dessus chez moi : la volonté de réaliser ce film comme un remerciement pour l’investissement sans faille dans le travail et pour la gentillesse d’une amie chère.

Aude Danset

Note d’intention de l’illustratrice

J’ai longtemps souhaité faire carrière dans le manga, ces bandes dessinées si populaires dans mon pays. Mais j’ai rapidement réalisé qu’il m’était impossible de structurer mes idées en une histoire homogène. Les illustrations sont donc un compromis intéressant pour moi : chacune d’entre elle reflète une bribe d’histoire, un instant volé.

Lorsque Aude m’a proposé de travailler sur un film animé s’inspirant de mon univers, j’ai eu la sensation d’un vieux rêve qui refaisait surface. Donner vie à mes personnages, révéler enfin cet « avant » et cet « après » qui sont les coulisses de mes illustrations... Pour moi, le film animé va bien plus loin que le manga : la combinaison des narrations animée et auditive est proprement fascinante... Elle m’est devenue accessible par la collaboration avec Aude qui perçoit incroyablement bien mon univers et avec qui j’ai rapidement trouvé l’entente dans le travail.

J’aime les histoires chargées émotionnellement, particulièrement les romances. Tout le monde fait l’expérience des histoires d’amour, d’une façon ou d’une autre, et je pense qu’elles déclenchent naturellement de l’empathie. A plus forte raison lorsque les personnages sont tangibles : c’est ce vers quoi je tends autant que possible en dessinant le conflit. La souffrance les rend charnels, presque palpables. En tant que femme, je sais que nous pouvons porter « un gant de velours sur une poigne de fer ». Les femmes de mes travaux peuvent faire penser à des femmes fatales... Ce n’est pourtant pas mon expérience, mais je peux comprendre le regard féminin. La pensée de l’homme est en revanche un terrain inconnu à jamais pour moi : je représente donc les hommes tels que je les perçois : forts physiquement mais dissimulant un esprit délicat.

C’est ce paradoxe qui constitue le fil rouge de mon travail et que je souhaite développer dans Mishimasaiko : une apparence douce peut dissimuler une grande dureté, et une apparence forte peut dissimuler une grande douceur. De ce décalage découle une impossible rencontre, homme et femme ne sont pas et ne seront peut-être jamais sur la même longueur d’onde au même moment. Le sacrifice de Mishima semble évident dès lors qu’il tombe amoureux de Saiko... Il avancera tête baissée : c’est cet aspect inéluctable qui m’intéresse dans leur relation. Ce sacrifice rend Saiko plus belle, il la sublime. Elle se nourrit de lui, au sens propre comme au sens figuré. Elle le brise en nutriments comme une femme brise un homme pour en sortir valorisée. Pourtant, elle renaît en mishimasaiko, fleur rare et moins exubérante que la rose, à la beauté simple et discrète qui prouve qu’elle a appris l’amour de sa relation destructrice.

Cette fleur est malgré tout aux couleurs de Saiko uniquement, comme un dernière touche d’égoïsme qui s’exprime... J’aime travailler les objets naturels plutôt que les environnements manufacturés. Tout objet est le résultat d’une volonté et de choix de couleurs, de formes... La nature se soustrait à tout contrôle de la volonté humaine de ce point de vue et par là-même me fascine. C’est pourquoi Mishimasaiko ne déroge pas à la règle. L’animation me permettra de créer un univers intègre et complet, et plus juste une parcelle à peine dévoilée.

Mishimasaiko serait finalement pour moi l’occasion d’exploiter toutes les thématiques que je travaille depuis des années en les poussant à leur paroxysme grâce à leur adaptation au format animé.

Minchi