Lardux Films
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Sélection César 2015

2014 , Court Métrage , animation

14 minutes, Version Originale française Sous Titrée Anglais, 1:85, DCP 24i/s

un film de Louise LEMOINE TORRES , William HENNE

Un film d’animation réalisé entre Montreuil et l’atelier Zorobabel a Bruxelles. Soutenu par Arte, le CNC, la PROCIREP/ANGOA en France et la la Fédération Wallonie-Bruxelles en Belgique.Une coproduction Zorobabel et Lardux Films,
Visa n° 131 907

Vous pouvez voir le film entier en VOD sur Vimeo

LE FILM

Avec panache et colère, Louise et William nous racontent une histoire terrible, un point de vue unique et radical sur notre futur...

L’animation et la création graphique sont de William Henne et son équipe de Zorobabel.

Vous pouvez écouter un entretien & making of... avec Louise et William, à l’occasion de la diffusion du film sur Arte dans l’émission Court Circuit et voir le film en VOD

Le fonctionnement de notre société a été optimisé pour servir au mieux l’économie, le dogme, la reproduction.
Le corps de la femme aussi.

Our society has been optimized to best serve the economy, dogma and reproduction.
Women’s bodies too.

GENESE DU FILM

Le scénario de LaChair est l’adaptation d’une nouvelle éponyme que j’avais écrite pour un cahier de textes et d’essais dans le cadre d’un concours universitaire. Cette nouvelle a été présentée en différentes publications dont Supérieur Inconnu, revue surréaliste. Elle fait parallèlement l’objet d’une mise en onde sonore pour un disque livre.

Le scénario, lui, a été sélectionné au Festival international des scénaristes de Bourges. Ce dessin animé n’est surtout pas pornographique, et malgré son objet central terrifiant le dessin apportera une douceur en contrepoint du récit. C’est ce que nous défendons pour l’adaptation cinématographique, dont William Henne est le maître d’œuvre graphique et co-réalisateur.

Louise Lemoine Torrès

Postface à la nouvelle

« Au nom de cette moitié de l’humanité
qu’en ce nouveau siècle ils continuent de mépriser, d’infantiliser et d’asservir
Au nom de celles qu’ils marchandent violent et massacrent encore
Au nom de celles qu’ils troquent et brûlent
par racisme pécuniaire
Au nom de celles qu’ils égorgent ou vitriolent
par racisme politique
Au nom de celles qu’ils excisent infibulent et déchirent
par racisme coutumier
Au nom de celles qu’ils voilent couvrent et effacent
par racisme fanatique
Au nom de celles qu’ils assassinent pour l’honneur
de leur racisme endémique
Au nom de celles qui parce que filles se sont tues en leur tombeau d’enfant
Au nom
Au nom
Au nom
Au nom de celles, libres disent-elles, qui n’ont de droit
que celui de ne pas leur faire d’ombre
Au nom de toutes les sorcières brûlées vives ou lapidées par haine et jalousie primale
parce que EUX ne peuvent pas
cette chose que l’on nomme vie
Et voilà pourquoi lui, l’autre, le mâle nommé :
l’homme créa Dieu à son image »

PRINCIPAUX PERSONNAGES & PETITES REFLEXIONS EN PASSANT…

*Mémoire et intelligence moléculaires, cellulaires… ADN, eau…
La cellule est vie où qu’elle se trouve, et le corps entier est parcouru de neurones qui sans cesse se renouvellent.
*Dans l’Egypte ancienne, le centre du caractère, de la pensée, de la mémoire est, non pas le cerveau mais le cœur. Il est le siège de l’activité créatrice, pensante et intelligente de l’être humain.

*Le Xin shen, le coeur-esprit, l’esprit qui siège dans le cœur : en Chine, les Anciens considéraient que le coeur était le siège de ces fonctions où se mêlent intimement l’intellect et l’affectif. En médecine chinoise, le coeur est aussi le « maître de la pensée et des émotions ».
Voilà pour LA CHAIR, principe féminin, nié comme sujet. Chairs, rebelles et insoumises malgré leur condition, leur réduction, leur mise au silence, leur asservissement. Elles sont le principe de vie, la force vitale. Et l’éveil et la réaction sont toujours choses possibles.
Voilà pour l’émotion et l’amour en retour, puisque l’ensemble du corps est intelligence… l’arbre tout entier se trouve en un seul de ses bourgeons. Tout est dans tout.

XEU, c’est notre peur et nos habitudes. Notre aveuglement inconscient, notre acceptation des choses, notre « c’est comme ça », le goutte à goutte de notre lâcheté ordinaire dans un quotidien du vide. Xeu est endormi. Et il rêve sa vie. SA vie. Mais son corps semble plus éveillé que sa conscience et dans sa mémoire universelle du vivant, sa liberté sensuelle provoque le stimulus tant attendu du Matron, qui en retour éveillera Xeu, le réveillera et y trouvera le courage d’agir lui-même.

Xeu n’est pas un héros, les circonstances font qu’à un moment donné de son existence, l’irrespirable le pousse à chercher l’air. Il lâche prise, il lâche habitudes réflexes, mécaniques et il agit parce qu’il n’y a plus que cela à faire. Parce que rien d’autre que son acte propre ne le transfigurera.

Le MATRON est celui qui sait mais ne fait rien. Il est éclairé, et pourtant il participe comme les autres. Plus que la peur de la sanction, c’est d’abord l’habitude que nous avons de la servitude qui explique que la domination du maître perdure.

« Ensuite viennent la religion (l’Opium du peuple) et les superstitions. Mais ces deux moyens ne permettent de dominer que les ignorants. Vient alors le « secret de toute domination » : faire participer les dominés à leur domination. »

Le MATRON a-t-il le choix ?
Il tente. Il risque. Il craint. Il est humain. Lui non plus n’est pas un héros, il est notre conscience en lutte, lorsque celle-ci accepte de voir la réalité en face. Il se débat avec lui-même, avec la lucidité de sa propre servitude à ce monde malade. Mais il sait qu’il se débat.
Il est conscient de sa propre lâcheté.

« Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres »

Puisque l’ordre établi est accepté par tous comme un état naturel des choses…
Puisque l’horreur réside dans l’habitus… Alors : « Il faut qu’on nous force à voir ce qu’il y a en nous de consentement au maître… ( ) Les Hommes nés sous le joug, puis nourris et élevés dans la servitude, sans regarder plus avant, se contentent de vivre comme ils sont nés et ne pensent point avoir d’autres biens ni d’autres droits que ceux qu’ils ont trouvés ; ils prennent pour leur état de nature l’état de leur naissance ».

(Discours de la Servitude Volontaire d’Etienne de la Boétie -18 ans, 1576)

Et puis, un stimulus supplémentaire… et Le MATRON finit lui aussi par lâcher prise ;
En rencontrant sa moitié manquante, il agit.
***